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Braderie

Grande braderie nationale : tous les services publics sont à vendre ! Après les autoroutes, le Crédit Lyonnais, Renault et France Télécom, où nous avons vu la formidable application des techniques managériales les plus modernes, voici Aéroports de Paris (ADP), la SNCF, EDF, Engie, La Poste ou encore la Française des Jeux (FDJ), sans compter la Sécurité sociale. Autant de fleurons français qui subissent la fameuse stratégie du pourrissement, organisée par les gouvernements successifs : baisse des crédits budgétaires, détérioration du service, culpabilisation des agents, puis privatisation progressive ou brutale rendue indispensable puisque « le public n’est pas efficace ».

Pourtant, le service public se révèle prodigieusement efficace à condition qu’il ait les moyens financiers, matériels et humains d’assurer ses missions. ADP et la FDJ, dont le gouvernement a récemment acté la mise sur le marché – sauf si nous déjouons ses plans, ce qui est toujours possible – et bientôt happés par des capitaux privés motivés par les profits juteux qu’ils représentent, rapportent des centaines de millions d’euros chaque année à l’État. Quand les énergies, les transports, les principales banques, les communications étaient encore 100% publics, sans management importé du privé anglo-saxon ou japonais, ils répondaient aux besoins élémentaires de toute la population, en récupérant des impôts et cotisations réellement redistributifs, en mutualisant les coûts à l’échelle du pays pour offrir les tarifs les plus bas du monde capitaliste, si ce n’était la gratuité d’accès réelle.

Il en est de même pour la Sécurité sociale. Alors qu’au cœur de cet été 2019, plus de 200 services d’urgences hospitalières sont en grève pour revendiquer des moyens à la hauteur de leurs missions, le risque de voir cette socialisation des richesses, dans des organismes initialement dirigés exclusivement par les représentants de tous les salariés français, exploser pour que la bourgeoisie financière en ramasse les ruines, est tout à fait tangible. Déjà, la Sécurité sociale ne peut plus remplir ses missions historiques, si bien que ces dernières décennies, se sont multipliées les complémentaires-santé et complémentaires-retraites, le privé grappillant petit à petit du terrain sur ce qui était auparavant de l’ordre du public. La libéralisation, l’ouverture à la concurrence, la privatisation, toujours sous couvert de « modernisation », de « baisse des impôts » – pour qui ? – jettent notre santé en pâture aux lois du marché privé, des lois qui consacrent le profit privé illimité des déjà plus fortunés.

C’est notre patrimoine public que l’on assassine ! Or, le patrimoine public, c’est tout ce qui reste aux dizaines de millions de Français qui n’ont qu’un petit patrimoine privé. Pour ceux qui gagnent presque uniquement de quoi reproduire leur force de travail, qui se permettent des plaisirs de plus en plus rares, qui subissent la vie chère, le service public est un oasis dans le désert, quand il n’est pas sciemment pourri par les dirigeants politiques. Pour la majorité des travailleurs de France qui sont à 50 ou 5 euros près à la fin du mois, le patrimoine public est une richesse considérable, qui leur appartient plus qu’à tout autre.

Quand un service public, qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation, de l’énergie, des transports en commun ou de la culture, offre la gratuité d’accès intégrale à ses services, ça ne change pas grand chose aux quelques riches, mais ça transforme la vie de l’écrasante majorité de la population. Partout où cela a été fait, qu’il s’agisse de secteurs économiques ou de collectivités territoriales, les résultats des études indépendantes des puissances financières attestent du succès phénoménal pour la vie en société, le bien-être commun, la santé des petits commerces, la vitalité de l’économie réelle.

Défendre nos entreprises et nos services publics, bradés par un pouvoir politique soumis au pouvoir capitaliste, est un enjeu de tout premier plan. Notre patrimoine, ce n’est pas uniquement la valeur de nos possessions individuelles, ce sont aussi nos infrastructures communes, certes dégradées, mais dont nous ne pouvons nous résoudre à prendre la mesure de la richesse que le jour où nous les aurons perdues.

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