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ENA : Le sage montre la lune, l’énarque coupe le doigt

La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la résistance !

Grande bourgeoisie et petit personnel politique

Dans son éditorial pour Challenges du 4 octobre 2007, Denis Kessler, ex-numéro 2 du MEDEF (syndicat patronal par excellence), porté par “l’état de grâce” de Nicolas Sarkozy suivant son élection, se permettait de la jouer franc-jeu sur ce que la grande bourgeoisie attendait de son petit personnel politique.

Treize ans et demi plus tard, c’est bien cette feuille de route qu’Emmanuel Macron, son gouvernement et sa majorité parlementaire appliquent avec zèle, profitant même de la crise sanitaire et économique mondiale pour accélérer les réformes sécuritaires, austéritaires, à rebours de toute notion de progrès humain.

L’ENA, compromis historique

L’École nationale d’administration (ENA) a été initialement créée, par l’ordonnance n° 45-2283 du 9 octobre 1945 par le Gouvernement provisoire de la République française, alors présidé par le Général de Gaulle, pour “démocratiser” l’accès des jeunes générations à la haute fonction publique d’État.

Si cette perspective prête à sourire, vu la consanguinité des élites publiques et privées depuis soixante-quinze ans de reproduction sociale et de formatage idéologique, il n’en reste pas moins que l’ENA a vocation à faciliter l’accès des classes populaires aux postes de haute responsabilité par rapport au système précédent, où la cooptation dans chaque ministère favorisait davantage le carnet d’adresse que les qualifications réelles des jeunes têtes pensantes.

L’atypique signataire des décrets fondateurs de l’ENA

En ce sens, l’ENA, dont la fondation était prévue par le Front populaire vainqueur en 1936 avant de se heurter au refus du Sénat, apparaît à sa mise en place dix ans plus tard comme un compromis historique entre branches de la Résistance, gaullistes et communistes au premier chef.

C’est Maurice Thorez, ministre de la Fonction publique et vice-président du Conseil des ministres, qui signe les décrets fondateurs de l’École nationale d’administration. Il est également secrétaire général du Parti communiste français (PCF), alors massivement composé d’ouvriers et d’employés de tous secteurs, prolongeant par la lutte révolutionnaire le combat syndical : un salarié sur deux est alors syndiqué à la CGT.

Maurice Thorez, lui-même mineur de fond au lendemain de la Grande guerre, gravira rapidement les échelons des responsabilités politiques, poursuivant toujours l’objectif de représenter une classe ouvrière conquérante.

Un énième héritage du CNR enterré

Coutumier du fait, l’actuel chef de l’État s’attaque à nouveau à une des grandes réformes du Conseil national de la résistance, lequel a également organisé la nationalisation de très nombreuses grandes banques et entreprises, ainsi que la création de la Sécurité sociale, tant mise à mal par le gouvernement macroniste.

Aujourd’hui, c’est par pur esprit démagogique qu’Emmanuel Macron, lui-même issu des rangs de cette institution, décide de la suppression ou transformation de l’École nationale d’administration. Le président de la République fait à nouveau œuvre de diversion – pour dissimuler une politique qui, toute entière, participe activement à la reproduction sociale des classes dominantes – et feint de répondre ainsi aux revendications des Gilets Jaunes, aseptisées de leur contenu révolutionnaire.

 

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