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Unir et vaincre

Unir et vaincre: les germes du fascisme (3/3)

Troisième épisode de notre premier chapitre d’unir et vaincre: face à la menace, le mouvement social doit s’organiser pour mener la riposte.

La responsabilité du mouvement social

Prenons la perspective de l’organisation comme celle d’un pari : il est clair qu’il sera impossible de briser nos fers par la seule force d’une illusoire ascension individuelle, il devient donc nécessaire de s’organiser afin de renverser l’ordre social.

Faire le pari de l’organisation c’est déjà avoir l’assurance d’être défendu et représenté par ses pairs ; au mieux, chacun fait le choix de dessiner un avenir sur des principes radicalement différents et qui sont exprimés collectivement.

La radicalité correspond à notre capacité à créer une nouvelle manière de voir afin que tout à chacun puisse se saisir des outils que nous créons. Dans une période où le clivage est la norme, celui qui choisit l’option du rassemblement nage déjà à contre-courant des idées communément admises.

On ne peut cependant pas demander le rassemblement sans avoir des moyens pour le bâtir. Voilà pourquoi l’enjeu est de construire nos propres outils (notre propre média par exemple) plutôt que de quémander un temps de parole où nous serons de toute façon censurés. Dans la mesure où nous ne pouvons pas être les maîtres de l’agenda médiatique de la bourgeoisie, il est dans l’intérêt du mouvement social de s’émanciper de celui-ci afin de prendre notre avenir en main.

Organisation et institutions

L’organisation ne saurait se résumer à l’ensemble des partis, syndicats ou associations même si ces corps intermédiaires en sont les éléments primordiaux parce qu’ils permettent de toucher nos collègues, voisins et concitoyens. Ils sont à la fois moteur lorsque le mouvement social est à l’offensive mais sont aussi, dans l’adversité, des garde-fous pour tous travailleurs.

Bien sûr, la nouveauté est toujours une perspective séduisante surtout pour des personnes désabusées mais notre salut ne viendra pas en créant de nouvelles structures au risque de provoquer encore plus de cacophonie.

Les ingénieurs d’un monde nouveau

En tant que militants, nous sommes les ingénieurs d’un monde nouveau. Quand ils ou elles se lèvent le matin, pour aller diffuser des tracts ou organiser un meeting, c’est pour faire avancer, chacun à son échelle, le rapport de force en faveur des travailleurs. Ainsi, on n’innove que parce que les bases sont déjà maîtrisées.

Comme dit Lavoisier : “rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme”. C’est l’analyse des faits politiques qui doit expliquer notre action.

En ce sens, le mouvement social, qui a pris deux siècles pour s’organiser, a appris que la patience était mère de vertu. Ce ne sera donc pas en deux ans que l’on prendra le palais de l’Élysée, quand bien même une nouvelle structure montée de toute pièce le revendique. Chaque chose arrive à point, surtout quand on a travaillé pour parvenir aux objectifs fixés.

Alors que l’idéologie dominante nous matrice, ce n’est pas en faisant la bataille de la pureté idéologique ni pour le leadership du mouvement social que nous gagnerons. On convainc par la raison et on raisonne par les faits.

Le rassemblement comme option politique radicale

Pour revenir sur la notion de rassemblement comme option politique radicale, l’important est d’avoir des pratiques militantes inclusives. Pour un travailleur qui ne se sent pas appartenir au mouvement social, faire le pari de l’organisation est déjà un effort à consentir. Ainsi, nous nous devons de garder la porte ouverte aux millions de potentiels révolutionnaires qui s’ignorent.

Quand on fait le pari de l’organisation, il est normal d’entrer dans un monde tout à fait nouveau et la déconstruction, base première pour bâtir de nouveau semble primordiale. Le travail d’éducation populaire et/ou politique demande de se dépouiller soi-même des a priori que l’on a sur le mouvement social.

Le sens populaire de la démocratie

Rappelons ici que la démocratie est un processus compliqué, lent mais efficace quand il obtient la conviction générale.

Il ne s’agit pas pas simplement d’élire ou de voter. Cette définition simpliste dépouille son caractère authentiquement populaire. Quand on décide, il est important de s’impliquer et surtout d’appliquer les décisions. C’est pourquoi une condition préalable à la démocratie est l’implication populaire qu’elle suscite.

Le débat ne peut donc se borner à la candidature d’un ou une leader charismatique à une élection, sous prétexte que c’est un moyen d’exister.

À la différence de la bourgeoisie, nous ne nous engageons pas pour vivre à travers la célébration d’un quelconque résultat électoral mais là où l’on peut réellement et concrètement changer les choses, c’est-à-dire là où sont les citoyens : au travail, chez eux, dans la rue…

Le rôle des institutions du mouvement social

Le rôle du syndicat, du parti ou de l’association est d’unir en fonction du contexte les travailleurs entre eux. Pendant qu’on débat sur le meilleur but ou le meilleur moyen de mener la révolution, personne ne s’accorde sur l’intérêt collectif à mener un front commun, laissant toujours plus de place aux fascistes.

Qui sait aujourd’hui qui a le plus raison entre un communiste et/ou un socialiste et/ou un anarchiste quand aucun d’entre eux n’est capable d’aller au deuxième tour ?

La victoire de candidats ouvriers aux élections bourgeoises est la conséquence d’un terrain quotidiennement labouré et n’est qu’une étape dans la perspective globale de victoire, parce qu’après, il faut mettre en place le programme. Là encore, c’est concrètement en agissant auprès des travailleurs que nous pouvons réussir, et ce sans préalable à l’unité.

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