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Unir et vaincre

unir et vaincre: de la lutte à la guerre de classe (2/3)

Nouvel épisode du deuxième chapitre d’unir et vaincre qui traite de la division du mouvement social.

De la division du mouvement social

 

Les organisations du mouvement social sont incapables d’imposer leurs mots d’ordres et se font régulièrement damer le pion par les actions spontanées des mouvances autonomes.

Cela s’explique par la multiplicité des institutions : il y a une tendance par point de vue, et un organe par position politique. Cette division, entretenue par la frénésie réformatrice (empêchant de ce fait la convergence des luttes puisque les raisons de se battre changent constamment) des différents gouvernements depuis une quinzaine d’années ne bénéficie qu’à la bourgeoisie. Comment se comprendre quand on est à ce point dispersé ? C’est parce que les travailleurs sont divisés. 

Pourtant, c’est le propre de ces corps intermédiaires d’être le lieu de rencontre physique et idéologique des travailleurs mais quand cela est aussi impossible, comment échanger ? 

Le problème ne vient pas tant des égos de chacun que de la manière dont on envisage le militantisme qui est recroquevillé sur lui-même parce que les travailleurs sont déjà repliés dans leur carapace. D’ailleurs on peut même penser qu’un militantisme recroquevillé sur lui-même favorise l’émergence des égos, qui se voient contraints d’endosser un costume de sauveur suprême pourtant décalé avec la tradition des luttes.

À ce titre, se rassembler est un véritable chemin de croix alors que les discussions préalables au rassemblement n’ont même pas débutées. Les alliances deviennent de fait d’autant plus contre-nature que le besoin d’existence est maintenant un enjeu primordial pour des organisations qui vivent sous perfusion des subventions publiques conditionnées par les performances électorales. 

C’est le dilemme du prisonnier : comment exister dans une alliance multiple sans être noyé par un accord a minima alors que l’accord a minima ne contenterait personne ? L’avantage de cette période, c’est que si on s’accordait au minimum sur l’unité face au fascisme, ce serait déjà une victoire, nous y reviendrons.

 

Raison sociologique à la division du mouvement social

 

Évidemment, on peut penser que la division du mouvement social trouve une partie de son explication dans l’individualisation du travail. Puisque ses formes sont disparates, ses rythmes empêchent la réunion des travailleurs et donc l’organisation efficace de ces derniers. 

Il est même matériellement rendu difficile de partager des temps collectifs à cause d’un rythme de travail à géométrie variable. Par exemple, il est régulier de repousser les dates de réunion à cause d’emplois du temps divergents. 

 

Diviser pour mieux régner

 

La force de la bourgeoisie est d’avoir appliqué la bonne vieille recette du diviser pour mieux régner. Puisque cette dernière est inférieure en nombre, elle ne peut maintenir son autorité que si les travailleurs sont éclatés et incapables de communiquer, sauf s’ils communiquent au travers des outils de la bourgeoisie.

L’extension du télétravail a fait rentrer l’outil de production à la maison et la seule manière de s’adresser avec ses collègues se fait au filtre des réseaux sociaux qui, comme nous l’avons déjà dit, sont un symbole de l’autorité de la classe dominante sur nos échanges, en particulier numériques.

De plus, ceux qui dirigent vraiment sont totalement invisibilisés. Quand le patron des travailleurs a lui-même un PDG et quand ce dernier est placé par des actionnaires, il est vrai qu’il est plus difficile d’imposer un rapport de force.

 

Internationalisme et localisme

 

Avec la tendance à l’accumulation des richesses par une infime minorité de bourgeois, les conditions objectives d’existence des travailleurs de par le monde tend pour plus que jamais à s’homogénéiser. 

Pour autant, cela fait bien longtemps qu’il n’existe plus de structures internationales de lutte alors que c’est ce qui a permis de passer un cap significatif dans l’organisation mondiale des travailleurs.

Que l’on soit clair, c’est au plus près de chez soi que l’on change les choses mais ce n’est pas en faisant du localisme que l’on renverse un système: la proximité n’est qu’un moyen d’action. Bien sûr, se créer une bulle autour de soi et de ses proches est une approche séduisante mais ne permet pas fondamentalement de changer le monde, il assure surtout que les rapports de classe se reproduisent. L’abandon des projets collectifs au profit de l’ambition individuelle n’assure pas une élévation sociale. 

Dans le même sens, une lutte fermée sur elle-même est vouée à se séparer du mouvement social, tant que le rapport de force ne rencontre pas l’assentiment de la population dans sa majorité.

 

Sur l’opportunisme

 

L’explication qui voudrait que les directions des organisations ne sont plus à l’image des travailleurs est partiellement vraie mais trop simpliste.

Certes l’appétit du pouvoir attire l’opportuniste mais l’opportuniste ne vient que par une organisation qui s’est fixée comme objectif la prise du pouvoir bourgeois, c’est-à-dire dans les institutions bourgeoises.

Pourquoi cette dernière en est venue à un objectif à l’ambition finalement assez mesurée ? Peut-être parce qu’elle est incapable d’envisager des alternatives, tout juste est-ce au-dessus de ses moyens d’envisager un plan d’action qui leur permet de remplir les objectifs qu’ils se sont eux-mêmes fixées, tout simplement parce que les corps intermédiaires des travailleurs ne peuvent prendre le pouvoir. Il serait inconcevable d’ailleurs que des travailleurs prennent le pouvoir bourgeois, tout au mieux peuvent-ils participer, à la marge, aux décisions politiques et se condamnent donc à n’être que des gestionnaires des désidératas du Capital.

 

Les institutions comme produits de la lutte des classes

  

Les institutions du mouvement social sont à l’égard de toutes interactions, produites par la lutte des classes. Qu’on ne s’étonne pas de constater des formes de reproduction sociales à l’intérieur même de ces corps intermédiaires, où l’on retrouve par exemple régulièrement parmi les cadres dirigeants des enfants de cadres dirigeants. 

Le capitalisme est un mode de production, qu’il faut imaginer comme une structure plastique, parce que les corps qui la constituent sont en perpétuels mouvements. Elles sont à l’image de rapports de classes nettement défavorables aux travailleurs. 

 

Prendre le pouvoir

 

Gagner une élection changera t-il la vie des travailleurs ? En partie seulement. La vraie prise de pouvoir viendra quand on a brisé le pouvoir bourgeois. 

En cela, la revendication pour une VIe République semble prendre toute sa place ici mais ne peut être le seul mot d’ordre.   

Le premier d’entre tous est celui de vaincre le fascisme, et pour cela c’est de se reconnaître autour d’une bannière commune. Nous avons besoin que le clivage gauche/droite comme symbole de la lutte des classes redevienne le prisme qui permettent de nous distinguer et de nous unir le cas échéant .

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