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Éditorial

Dans quel régime est-il devenu à ce point dangereux de manifester, si ce n’est en dictature ?

Hier après-midi, en clôture de la manifestation syndicale du 1er mai à Paris, le cortège de la Confédération Générale du Travail (CGT), première organisation syndicale française, a été visé par des coups et jets de projectile en provenance d’une horde ultra-violente, aux slogans réactionnaires. Une vingtaine de camarades ont ainsi été blessés, dont quatre grièvement.

Hier après-midi, lors du défilé syndical du 1er mai 2021 à Lyon, le cortège de la CGT a là aussi été la cible de violences physiques, en plus d’injures à caractère raciste à l’encontre des livreurs Uber Eats et Deliveroo venus manifester et célébrer pacifiquement la Journée internationale de lutte pour les droits des travailleurs.

Liberté du capital, liberté des travailleurs

Prenons un peu de hauteur avec une question qui nous sera utile dans la présente démonstration même si, d’emblée, elle semble n’intéresser que les philosophes en herbe.

Qu’est-ce que la liberté, tant vantée par Emmanuel Macron et son “nouveau monde”, si ce n’est l’absence de contraintes ?

Oui, le microcosme parisien gouvernant la France en a levé, des contraintes, notamment sur les devoirs de l’employeur à travers l’allègement ou l’assouplissement du droit du travail, également en termes de fiscalité sur la richesse avec le taux unique sur les revenus du capital ou la suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune mobilière.

Mais, même en mettant à part les mesures de restriction pour cause de pandémie, les classes exploitées qui vivent de leur force de travail, de leurs efforts physiques et intellectuels, sont-elles libérées de leurs contraintes ou doivent-elles en subir davantage ?

Des libertés inversement proportionnelles

La réponse est claire : les contraintes pesant sur le monde du travail sont inversement proportionnelles à celles mettant les dirigeants économiques et politiques face à leurs responsabilités.

Pour Monsieur Macron, ses ministres et sa majorité parlementaire, qui se parent de toute la modernité possible, s’impose la valeur cardinale vieille comme le monde selon laquelle la première des libertés est la propriété privée.

Or la propriété privée d’une terre pour une personne ou une famille n’est-elle pas la contrainte, pour toutes les autres, de ne pas en fouler le sol, au risque de tomber sous le coup de la loi et d’être arrêté par les forces de l’ordre ?

De même, la liberté pour les propriétaires des multinationales de déposer des brevets sur des découvertes scientifiques et médicales, dont – au hasard – les vaccins, ne signifie-t-elle pas la contrainte pour tous les autres de ne pas pouvoir utiliser ces connaissances, la contrainte de devoir acheter auxdites multinationales les produits de ces découvertes pour bénéficier de leurs apports pour l’humanité ?

L’ultime liberté des classes exploitées est piétinée

Dans le système capitaliste, les principes primordiaux consacrent la liberté des capitalistes contre la liberté des travailleurs. Et si la liberté opprime là où la loi libère, selon Lacordaire, souvent la loi libère encore davantage les exploiteurs pour contraindre encore plus lourdement les classes exploitées.

Que reste-t-il à ces dernières, en toutes hypothèses et en ultime ressort, si ce n’est la liberté de contester le système en place ? Cette liberté n’a pas été accordée de gaieté de cœur par les classes dominantes de l’ère contemporaine ; elle a été arrachée par la lutte, par la reconnaissance due à des sacrifices de pans entiers de la population ouvrière – comment ne pas penser au massacre de Fourmies, le Premier mai 1891 ?

Mais contester, exprimer sa colère, s’organiser collectivement et manifester est devenu dangereux sous l’autorité de Monsieur Macron.

Le pouvoir en place a, d’une main, ordonné la répression féroce des manifestants, en particulier Gilets Jaunes, qui ont compté plusieurs estropiés du fait des violences policières ; et il a, de l’autre, nourri les black blocs et leurs alliés en leur permettant de pourrir les manifestations syndicales, dont celles consacrées du Premier Mai, en leur permettant de s’introduire au sein des cortèges pacifiques alors qu’ils sont parfaitement identifiables et pourraient être interpellés en amont.

Méthodes fascistes

L’explication la plus logique est que ces black blocs, s’ils s’en prennent en apparence aux forces de l’ordre, sont en réalité leurs supplétifs, pour gangréner une manifestation au point de dégoûter celles et ceux qui viennent, ou venaient, parfois en famille, défiler dans les rues pour reprendre momentanément l’espace public. Cette théorie s’est en tous points confirmée hier.

Les nervis qui se sont attaqué, le 1er mai 2021, aux cortèges pacifiques de la CGT n’ont pas seulement offert sur un plateau d’argent la jouissance, pour la classe dominante, d’une époque bénie où contester leur pouvoir est devenu dangereux : ils servent, autant que Monsieur Macron, de marche-pied à un pouvoir politique encore plus réactionnaire, encore plus autoritaire que celui sous lequel la population française vit ou survit ces dernières années.

Ces méthodes d’intimidation et d’attaque contre les syndicats et leurs membres, parce qu’elles se répètent dans le temps et dans l’espace national, parce qu’elles sont impunies, confirment notre sentiment que nous vivons actuellement un lent glissement vers le fascisme – accrédité par des signaux faibles dont la multitude, en ces temps incertains, démontre une accélération de ce terrible affaissement civilisationnel.

Où l’absence de liberté nous conduit-elle ?

Où l’absence de liberté, et en particulier de l’ultime liberté de contester, pour la majorité populaire d’un pays, nous conduit-elle ?

Dans quel régime est-il devenu à ce point dangereux de manifester, d’exprimer ses revendications, de prendre collectivement et pacifiquement les rues des grandes villes, si ce n’est en dictature ?

Sur cette interrogation, à laquelle nous vous laissons répondre par vous-même, toute l’équipe d’Infoscope se joint à moi pour exprimer sa solidarité avec les militants de la CGT insultés, violentés, agressés et blessés. Face à une telle démonstration de lâcheté, les syndicalistes, ainsi que toutes celles et tous ceux qui aspirent à leur propre liberté, notamment de manifester, peuvent compter sur notre soutien sans faille.

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