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Unir et vaincre

Unir et vaincre: pour une organisation de combat (2/3)

Jeunes contre vieux, nouvelle contre ancienne école: la production idéologique est aussi victime de la fracture générationnelle dans le mouvement social.

L’impasse de la fracture générationnelle dans la production idéologique 

Les séismes en interne des divers appareils du mouvement social sont en partie responsables de l’appauvrissement du niveau intellectuel des débats, qui favorisent l’émergence de discours alternatifs trompeurs et qui au final donne de l’ampleur à l’idéologie fasciste.

Leur teneur montre aussi qu’il existe une fracture générationnelle dans le profil des militants. Cela tient du fait que les organisations concentrent les deux catégories d’âge des travailleurs qui sont le plus sévèrement victimes du système capitaliste : à savoir les jeunes et les vieux.

Accélération de la consommation et divergences du militantisme

C’est un fait : on observe une mutation accélérée des moyens de consommation et des manières de consommer. Le numérique en est l’exemple le plus symbolique.

Les moyens militants et les manières de militer divergent en fonction. On milite dans les mêmes organisations, les corps tendent à se réduire à l’état de microcosmes et pourtant on ne dégage pas de groupes soudés au sein même des structures.

D’un autre côté, l’engagement demande des moyens croissants au fur et à mesure que les besoins de la population grandissent naturellement. Être militant est devenu un luxe que peu de travailleurs en activité peuvent se permettre.

Vieille école contre nouvelle école

De plus, le sempiternel combat entre la « vieille » et « nouvelle » école fait aujourd’hui écho au clivage « réactionnaire » et « progressiste ».

De la même manière que ce clivage fausse la réalité politique, nous estimons que ce débat tient plus de la querelle que de la discussion.

En dernière analyse, si nous sommes militants, c’est parce que nous avons le même objectif. Cet objectif partagé a bien sûr une signification personnelle pour chacun d’entre nous mais n’entrave aucunement les tâches collectives qui nous incombent pour y parvenir. Nous allons tâcher d’expliquer pourquoi.

Le discours identitaire

Bien que présenté sous un jour mauvais, le discours « identitaire » de gauche qui mise sur l’accent économique et social comme on se plaît à le caricaturer connaît encore un certain écho, surtout auprès des camarades dont l’expérience est la plus grande, ayant connus une époque où le mouvement social imposait un rapport de force nettement plus favorable.

Pour autant, la révision de l’idéal socialiste avec la dissolution du bloc soviétique en Europe a entraîné un véritable traumatisme sur le modèle établi à la suite de la Troisième Internationale, puis de l’URSS.

Par ailleurs, les organisations du mouvement social sont majoritairement issues de la Révolution Russe et, quand elles ne le sont pas, ont connu un changement profond dans leur paradigme à la suite de ce moment historique.

Par voie de réaction, la question de l’existence d’un parti, d’un syndicat et d’organisations satellites telles qu’envisagées par le PCF ou le PS en leur temps, n’en finit jamais de déchirer. Si le modèle n’est pas bon, qui dit que les organisations qui en sont issues sont mauvaises ?

Ceux qui sont restés à la suite de ces séismes sont sûrement les plus vaillants de nos camarades. Pourtant, bien que présents là où tout s’est effondré, il faut admettre que cela fait longtemps qu’on entend de leur part un discours inintelligible.

En se recroquevillant sur soi-même, on finit par avoir un discours nostalgique qui ne fait que raviver les flammes du folklore.

Chaque logo, chaque apparition d’un cadre dans la presse bourgeoise devient motif de satisfaction personnelle. Mais milite t-on pour être personnellement satisfait ?

Il ne serait pas sain que la réponse soit affirmative parce que ce serait assumer que le salut des travailleurs viendrait par un sauveur dont les fidèles attendent le messie.

En dépit des conquêtes sociales, il s’agirait d’en faire l’examen sur l’héritage qu’elles laissent. L’exemple de la Sécurité Sociale est flagrant. Si on est en droit de se targuer d’avoir un système social unique et ultra-performant, rappeler à tous qui en est à l’origine ne saurait suffire à rendre ce monument aux travailleurs.

L’intersectionnalité des luttes

La nostalgie est une manière romantique d’envisager les faits, l’intersectionnalité des luttes en est une autre et nous allons exposer les limites que nous lui trouvons.

Cette pratique, très présente chez les jeunes en général et universitaires en particulier, pourrait faire état d’une organisation qui devient petite-bourgeoise parce qu’il nécessite un certain capital culturel pour militer.

Bien que cet argument ait pour lui le sens de la formule, nous n’y croyons rien : la jeunesse est un temps de la vie du travailleur. Le fait qu’il y ait de plus en plus d’étudiants est dialectiquement lié à l’augmentation du niveau de technique de l’outil de production. Par voie de fait, les travailleurs sont amenés à étudier plus longtemps avant d’entrer sur le marché de l’emploi.

Pour autant, souscrire aux théories qui sont issues de ce corps militant n’est ni plus ni moins qu’une erreur grave. Nous pourrions psychologiser en disant que le caractère infantile des pratiques militantes est une résultante d’un âge où l’on découvre la vie, grandissant dans une société de plus en plus impersonnelle. La quête d’identité devient un marqueur militant important.

C’est pourtant un argument de facilité que nous retournons d’ailleurs à cette méthode d’analyse : la jeunesse n’a pas le monopole de ce mode de réflexion favorisant l’individualisme. Du reste, on ne peut constater une réalité sociologique au seul prisme d’une vision personnelle. Nous ajoutons que c’est ce qui démarque en définitive le postulat scientifique du parti-pris idéaliste.

En conséquence, ce dernier rend caduques les perspectives de victoires. Dans le processus nécessaire de conscientisation de nos pairs à la chose publique, la bataille culturelle ne saurait suffire à dépasser le capitalisme. On ne change pas de société uniquement en changeant la mentalité des travailleurs.

Cela correspond d’ailleurs à la même réflexion mécanique que nous avons observée plus haut et qui consiste à y répondre directement sans chercher à la dépasser, validant une issue binaire au débat.

Une réponse sur « Unir et vaincre: pour une organisation de combat (2/3) »

Il pourrait être utile de montrer aussi que le type de militantisme dépend aussi du type de socialisation militante. En cela, il faudrait lier les effets de génération aux contextes sociaux, culturels et idéologiques dont ils sont issus. L’individualisation des rapports sociaux voulue par l’économie libérale est aussi à prendre en compte.
Certes on ne milite pas pour en tirer des avantages, mais l’engagement produit une certaine forme de reconnaissance sociale a minima symbolique. Il peut permettre de s’insère dans des réseaux où vont trouver à s’employer le capital social.

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