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Unir et vaincre

Unir et vaincre: Pour une organisation de combat (1/3)

Dernier chapitre de notre série, où nous traitons de la thèse totalitaire et de ses corollaires contemporains (populisme, extrémisme…)

La thèse totalitaire

On dépeint le Rassemblement National comme un parti populiste comme il en existe un certain nombre dans le paysage politique français.

Cette rhétorique bien commode – surtout pour le libéral qui voit son idéologie comme la plus modérée et donc souhaitable – est bien sûr dangereuse.

Elle est du même courant que cette idée qui voudrait que les « extrêmes se rejoignent » et qui tire sa source de la thèse totalitaire.

Un concept fourre-tout

Nous avions déjà fait part de notre scepticisme sur ce concept fourre-tout mais nous allons expliciter ici nos réserves.

La première est d’ordre sémantique : le totalitarisme se pense littéralement comme l’idéologie du total, ce qui sous-tend qu’un système totalitaire s’impose à tous sans exception.

Cette réflexion est tautologique : tout système, toute structure sociale s’impose à tous sans exception.

Il n’y a pas un seul millimètre carré qui ne soit pas soumis au capitalisme en France. C’est pour cela que les alternatives « locales » sont des utopies et non des pratiques politiques concrètes parce qu’elles sont permises par le système en place, à savoir le capitalisme libéral.

Tout système est totalitaire par définition

On entend ici et là que ce qui justifie cette théorie est la place de la police d’État, de celle du parti unique ou bien du système concentrationnaire.

C’est pourquoi le totalitarisme renvoie traditionnellement dos-à-dos le nazisme (ici l’extrême-droite) et le communisme (assimilé à l’extrême-gauche), qui sont pourtant deux idéologies viscéralement ennemies, parce qu’elles sont issues de classes sociales aux intérêts antagonistes.

Rappelons la dynamique inhérente à tout système politique, et qui veut présenter celui-ci comme le meilleur qui soit : critiquer la “démocratie” de la Ve République est systématiquement considéré comme le fait de s’opposer à la démocratie en soi. Il est logique qu’un système politique, pour se sécuriser, cherche à s’inscrire comme le seul valable, sinon il n’aurait pas de légitimité à exister : sa remise en question est impossible, son auto-justification est donc totale. La violence ne peut suffire comme seul critère.

Une facilité d’esprit

Tout porte à croire que la thèse totalitaire et ses corollaires contemporains (le populisme, l’extrémisme) sont une facilité d’esprit qui résume bien le dédain de la bourgeoisie envers le mouvement social.

Faire sienne cette sémantique c’est admettre notre incapacité à produire un vocabulaire juste sur nos pratiques militantes.

Tant que le confusionnisme sera de mise, il sera bien entendu impossible de développer un discours qui soit audible à l’oreille des travailleurs.

Le populisme n’est pas populaire

Les réponses faciles que proposent les partis et groupuscules d’extrême-droite ne sauraient duper même l’oreille la plus distraite, mais résignée à la soumission des travailleurs au capitalisme. Il permet la banalité de la terreur et la justifie.

Penser ces organes comme membres du mouvement social est un piège évident. Quoi qu’il arrive, le fascisme est le dernier pilier d’un système bancal.

L’éclatement du mouvement social prouve même qu’il est difficile de représenter l’intérêt de tout une population alors nul ne peut représenter à la fois les intérêts de toute une classe et ceux d’une autre classe. La démagogie anti-système des identitaires et affiliés ne peut être que de l’enfumage.

La solidarité nationale plutôt que la solidarité de classe

Elle l’est d’autant plus par la grille de lecture de ces-dits identitaires et affiliés. Elle substitue la solidarité nationale à la solidarité de classe.

Admettons que la nation française soit un cadre théorique cohérent, les Français restent toutefois assujettis à la lutte des classes. En dernière analyse, c’est bel et bien cet antagonisme qui est le ciment des rapports sociaux à une époque donnée.

Veut-on d’un capitalisme national ?

La seule chose que l’on peut revendiquer avec un discours essentialiste et réducteur, c’est un capitalisme national plutôt qu’un capitalisme international.

Ce n’est en aucun cas une réflexion révolutionnaire, elle est même tout à fait réactionnaire.

Nous pourrions ajouter que souhaiter un capitalisme national ne peut rien signifier : il est dans l’ADN du Capital de se répandre. Quand on parle de capitalisme national, on cache surtout son appétit impérialiste.

Clivant sur la forme, consensuel sur le fond

Cette vision est donc un point de vue de la bourgeoisie mais n’est pas caractéristique du fascisme en tant que tel. Il est cependant son symptôme à l’image du débat qui confronte cette idéologie avec d’autres avis non moins réactionnaires.

C’est à la lecture de cet air du temps où chaque position est clivante sur la forme mais consensuelle sur le fond, qu’on peut s’inquiéter du fascisme.

À ce titre, même des pensées dont la gauche avait traditionnellement l’hégémonie intellectuelle peuvent être dangereuses, surtout quand elles obtiennent l’aval de l’idéologie dominante.

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