Dissolution de l’Alvarium : Mettons hors d’état de nuire la nébuleuse nationaliste

Mercredi 17 novembre, lors du Conseil des ministres, la dissolution de l’Alvarium a été décidée par un décret signé du président de la République. S’il s’agit pour les travailleurs, salariés et commerçants angevins, et pour la gauche locale en particulier, d’une victoire nette résultant d’années de mobilisations de terrain, la volonté des membres de ce groupuscule ultra-violent de poursuivre leur organisation oblige à des mesures profondes de démantèlement.

Un discours de haine assumé

Se définissant comme un “centre communautaire d’actions sociales et culturelles situé au confluent du catholicisme social et des doctrines nationalistes“, l’Alvarium s’appuie sur un local, situé dans l’hypercentre de la préfecture de Maine-et-Loire, et sur une association officiellement intitulée “Nouveaux Sarments – Anjou Populaire“, dont l’acronyme n’est pas sans rappeler celui du parti national-socialiste des travailleurs allemands, le NSDAP plus connu sous le nom de parti nazi.

Concernant les motivations ayant conduit l’exécutif français à prononcer la dissolution du groupuscule angevin, elles s’avèrent sensiblement les mêmes que pour la dissolution d’autres organisations de la nébuleuse fasciste, Génération Identitaire en mars 2021 et Bastion Social en mars 2019. En l’occurrence, le décret officiel considère que “les propos et les publications de l’Alvarium alimentent un discours de haine assumé, construit sur un amalgame entre, d’une part, immigration, Français d’origine étrangère et musulmans, et d’autre part, violence et terrorisme, incitant à la discrimination ou à la violence envers des personnes en raison de leur origine ou de leur religion, et contribuant à attiser les antagonismes au sein de la communauté nationale, ainsi que des passages à l’acte violents“.

Une histoire de famille

Comme les deux organisations susmentionnées, l’Alvarium se distingue par un vernis populaire et social, voire d’aide au plus démunis, pour répandre un discours et des actes provocateurs et essentiellement xénophobes. En 2020, ses membres ont occupé illégalement un immeuble vacant, non pour dénoncer le fait que notre pays compte six logements vides pour chaque sans-abri, mais pour y déployer sur la façade des banderoles « La France aux Français » et « Logement : appliquons la préférence nationale ».

A l’instar du Front National, renommé en 2018 Rassemblement National, l’Alvarium est d’abord une histoire de famille. Jean-Eudes Gannat, cofondateur et porte-parole du groupuscule d’ultra-droite, a pour père un ancien cadre local du FN et pour frère François-Aubert Gannat, condamné en 2019 pour violences sur un policier et provocation à la haine raciale, puis écroué en juin 2021 après avoir écopé d’une peine de huit mois de prison pour avoir passé à tabac et envoyé à l’hôpital de jeunes opposants qui avaient eu le malheur de coller un autocollant sur la façade du local de l’Alvarium.

“On recommencera”

En 2019, quand la dissolution de Bastion Social a été décidée, le responsable régional de cette organisation a déclaré au quotidien L’Alsace : “On verra comment continuer à faire valoir nos idées sous une autre forme. Si on ne peut plus utiliser le nom, au pire, ça changera nos t-shirts et nos drapeaux“. Au printemps dernier, Clément Martin, l’un des porte-parole de Génération Identitaire, a annoncé la formation d’un recours pour excès de pouvoir devant le Conseil d’État et d’un référé suspension ; ce recours en annulation sera rejeté par le Conseil d’État le 2 juillet 2021, lequel estime la décision “proportionnée à la gravité des risques pour l’ordre public“.

Aujourd’hui, même son de cloche chez Jean-Eudes Gannat. Joint par France 3 Pays de la Loire, il a dit “aller devant le Conseil d’État et la Cour européenne des droits de l’homme“. “[L’actuel ministre de l’Intérieur] Gérald Darmanin dissout une association qui distribue des sandwiches aux SDF. Pour dissoudre cette association, il invoque le fait qu’elle fasse le lien entre immigration et terrorisme. C’est une décision politique” a-t-il précisé, dans une posture victimaire. Et de déclarer à Libération : “Des locaux, on en retrouvera, et on recommencera“.

Tatoué sur les peaux

Recommencer leurs exactions : c’est effectivement le risque, couru par les militants progressistes comme par l’ensemble des travailleurs angevins, d’une réaction épidermique et belliqueuse chez des individus organisés pour et par la violence verbale et physique. “Le logo de l’Alvarium, on n’a plus le droit de l’utiliser. Ce n’est pas grave : pour beaucoup d’entre nous, il est tatoué sur nos peaux” a encore cru bon d’ajouter Jean-Eudes Gannat.

Messieurs Macron et Darmanin jouent un double jeu sur la question du combat contre l’extrême-droite nationaliste, voire ouvertement fasciste. D’une main ils dissolvent les groupuscules de l’ultra-droite, de l’autre ils participent à banaliser les thèses de cette nébuleuse : jamais autant que sous la présidence du premier les théories racistes se sont autant propagées, faisant aujourd’hui de Mme Le Pen et M. Zemmour ses principaux opposants ; tandis que le second a qualifié la présidente du Rassemblement National de “trop molle” sur les questions de sécurité, d’immigration et d’identité.

Nostalgiques d’un passé qu’ils ne connaissent pas

Or la bourgeoisie sait attiser les divisions haineuses entre les membres des classes exploitées, dont beaucoup se laissent berner par le nationalisme et les discours sur un prétendu danger de “grand remplacement“, car nostalgiques d’un passé dont ils ignorent les réalités sociales – que la CGT organisait un salarié sur deux au sortir de la Guerre, ou que le Parti communiste français (PCF) était la principale force politique des Trente Glorieuses, notamment. Il est d’ailleurs à noter que la section angevine du PCF et ses militants sont à l’initiative depuis septembre 2021 d’une campagne populaire pour la dissolution de l’Alvarium, poussant le maire Christophe Béchu et le ministère de l’Intérieur à réagir après des années d’inaction et d’impunité.

À l’heure où les institutions publiques semblent faillir à leurs obligations et à leurs devoirs vis-à-vis du citoyen, le fruit de la Vème République devient peu à peu assez mûr pour être cueilli par des forces nationalistes qui cherchent à provoquer une Révolution, non des classes exploitées contre la poignée d’exploiteurs, mais des Français prétendument “de souche” contre les immigrés et leurs enfants.

L’humanité dégradée de l’ultra-droite

L’Alvarium, caché derrière l’héritage du “catholicisme social” dont ils ne partagent rien, rêve d’une nouvelle Nuit de Cristal, pourrissant la société française afin d’y rendre acceptables les saccages et pillages à l’encontre d’une catégorie de la population, accusée de ne pas avoir sa place en Europe. Ils ont ceci de commun avec les djihadistes de considérer que le musulman français est un oxymore, et que la guerre de civilisation étant inévitable, autant s’y précipiter pour purifier par le sang les peuples innocents. Il ne tient qu’à nous, à chacun d’entre nous, de refuser les théories et les pratiques dégradant davantage l’humanité de leurs auteurs que de celles et ceux qui en font les frais.

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