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Le poids annuel de la dette publique dépasse le montant total des impôts : Qui va la payer ?

En France, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le coût annuel de la dette publique dépassera le produit total des impôts collectés par l’État en 2020.

Une dette publique historique

Selon un rapport de la Cour des comptes de juin 2020, qui ne prend donc pas en compte l’impact de la deuxième vague de l’épidémie et du reconfinement sur les finances publiques, “la dette publique augmenterait de près de 270 Md€ en 2020 et dépasserait 120 points de PIB“.

La dette publique, qui atteignait 98,1% du Produit intérieur brut (PIB) français en 2019, soit 2379,6 milliards d’euros – ce qui plaçait déjà l’hexagone à la cinquième place des plus importantes dettes publiques rapportées au PIB sur les Vingt-huit de l’Union européenne – pourrait culminer à 2797,9 milliards en 2021. “En montant, elle représenterait l’équivalent de presque 40 000 € par Français” à la fin de l’année 2020, indique la Cour des comptes.

Les impôts ne suivent pas

D’un même coup, la crise du coronavirus aura provoqué une récession brutale de l’activité économique, une explosion de la dette publique en raison des plans choisis par le gouvernement pour maintenir à flot les entreprises – y compris des multinationales qui n’en avaient pas forcément besoin – et une chute des recettes fiscales du fait de l’arrêt d’une grande partie de la production.

Ainsi, si l’État a recueilli 278,1 milliards d’euros d’impôts en 2019 – principalement taxe sur la valeur ajoutée (TVA), impôt sur le revenu (IR) et impôt sur les sociétés (IS), en plus des diverses taxes spécifiques – et prévoyait de collecter 291,8 milliards en 2020, lors de l’adoption de la loi de finances il y a un an, la pandémie a entraîné une profonde révision à la baisse de cet objectif.

Dans le troisième projet de loi de finances rectificative pour 2020, adopté fin juin dernier, il était prévu que les recettes de l’État baissent de 64,9 milliards d’euros par rapport au montant programmé dans la loi de finances initiale.

Le produit total des impôts en France s’établirait donc, encore une fois sans prendre en compte le reconfinement, à 226,9 milliards d’euros en 2020, soit près de 50 milliards d’euros de moins que l’augmentation de la dette publique sur la seule année en cours.

Comment en sortir ?

Les deux crises successives du XXIème siècle, du krach boursier de 2008 à la pandémie de 2020, auront achevé de plomber les finances publiques. De 66,8 % du Produit intérieur brut à la veille de la crise de 2008, la dette dépassera certainement 120% du PIB en 2020, soit un poids pratiquement multiplié par deux.

Que faire pour en sortir ? Le choix du gouvernement est a priori assez clair : pas touche à la fiscalité. “Nous n’augmenterons aucun impôt” déclarait Bruno Le Maire le 24 août dernier. En l’absence de hausse de la fiscalité, il n’y a donc plus qu’un seul choix : la baisse de la dépense publique. Mais celle-ci ne se ferait pas sans dégâts.

La voie de l’austérité

Pour sortir du bourbier financier dans lequel est empêtré l’État français, la piste privilégiée par Macron et ses ministres est donc d’appliquer une cure d’austérité jamais vue dans l’ère contemporaine, autrement plus violente que celle consécutive à la crise des subprimes et au sauvetage des banques privées en 2008.

Qui dit baisse des dépenses publiques dit diminution des prestations sociales, pour les familles comme pour ceux qui sont écartés de l’emploi, et amoindrissement des services publics.

Or, les services publics, l’État social issu du compromis entre capital et travail arraché de haute lutte par la classe ouvrière mobilisée au siècle dernier, garantissent un certain nombre de services qui, d’une part, coûtent moins cher que lorsque la gestion est privatisée – Cf. la différence de coûts de gestion entre Sécurité sociale et mutuelles privées – et, d’autre part, proposent une quasi-gratuité d’accès.

La double peine pour les travailleurs

Si les services publics n’assurent plus leurs missions fondamentales dans la socialisation des risques, l’information et l’orientation du public, la mobilité, l’accès aux soins, à l’éducation ou à la culture, alors ces missions seront désormais reprises par de grandes entreprises privées qui seront, par définition, à but lucratif… et factureront donc ces services, aux usagers devenus “clients.

L’option privilégiée par le gouvernement, sous couvert démagogique voire populiste de non-augmentation des impôts, est donc de faire payer les travailleurs : soit directement, en baissant les prestations sociales des familles et des personnes en formation, privées d’emploi, en congés maladie ou paternité ou retraitées, et cela alors que le chômage, la pauvreté et la misère explosent ; soit indirectement, en transférant les missions d’intérêt public à des multinationales privées en recherche de profits, donc de factures à encaisser auprès des clients de ces services.

L’autre voie : la justice fiscale

Les prétendus “plans de relance” du gouvernement Macron/Castex n’en sont donc pas, puisqu’ils risquent d’avoir pour effet de contracter et la puissance publique, et l’économie nationale.

Il est possible, comme cela s’est fait lors des Guerres mondiales ou suite à la crise de 1929, de mettre à contribution les grandes fortunes qui, elles, continuent de prospérer en 2020 et ne connaissent pas la crise, comme en attestent les classements Forbes et Challenges

Le retour de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF) serait le bienvenu, même si le montant correspondant à sa collecte avant sa suppression – son remplacement par un impôt sur la fortune immobilière, pour être exact, ce qui a encore plus avantagé les ultra-riches dont l’essentiel de la fortune est mobilière – ne représentait qu’une petite part des recettes fiscales.

Il est également envisageable de revenir à un impôt sur le revenu (IR) beaucoup plus progressif, c’est-à-dire s’appliquant à un taux plus faible sur les petits revenus et à un taux plus élevé sur les hauts revenus. Avant la réforme conduite par Jean-Pierre Raffarin dans les années 2000, l’IR s’étalait sur douze tranches d’imposition pour autant de taux ; il a alors été passé à cinq tranches, faisant proportionnellement davantage contribuer les petits revenus. Sarkozy a ensuite mis en place le “bouclier fiscal” pour protéger les plus riches, une réforme confortée par l’action de MM. Hollande et Macron.

Une progressivité de l’impôt sur le revenu et sur les sociétés (IS) permettrait notamment de baisser la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA), payée plein pot par le consommateur qui dépense la totalité de ses revenus dans le mois ou dans l’année, et pesant donc essentiellement sur les populations les plus pauvres.

Et l’annulation de la dette ?

La question de l’annulation, l’abolition ou la restructuration de la dette publique se pose clairement, sauf dans les esprits étriqués des ultra-libéraux qui monopolisent, parmi les économistes, la parole médiatique.

En réalité, la dette n’existe que parce que des créanciers la réclament. Or, ceux-ci sont en grande partie des mastodontes de la bancassurance, plus souvent étrangers que français, lesquels sont Axa Investment, Allianz Global Investors, MMA Finance, CM-CIC AM, BNP Paribas AM, CNP Assurances…

Autant dire que ces entreprises privées qui agissent en oligopoles de la finance mondiale, derrière lesquelles se trouvent les hommes d’affaires les plus riches de la planète, ne se retrouveraient pas à la rue si à court et long terme, elles n’étaient pas remboursées des titres d’emprunt public qu’elles détiennent. Au contraire des travailleurs risquant, eux, de connaître un appauvrissement généralisé et une recrudescence de la misère si le gouvernement poursuit sa conduite vers le chemin dangereux – le mot est faible – qu’il entend faire emprunter à la France.

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